Mots et arts plastiques

A propos de Christian Dotremont et Olivier Riboton

La photographie est la quadrature du cercle
Et le monde est rond et le monde est courbe
Et réussir à mettre tout ce qui est rond
Dans une forme carrée
Ou rectangulaire
Du liquide dans de l’ordonné
Du fugace dans de l’éternité

*

Délier ce qui était lié
Déciller
Puis relier
Pour qu’il n’y ait plus d’abandon
Prêter l’oreille (attention) à la photographie
Percer l’oreille du réel et s’évanouir dans le lit
De la composition
(je me cache à l’endroit même où tu me trouves)

*

Route    Poussière     Chemin      Crasse
Finir la route       laver le sable
Sillages et sortes de vides

De la neige sur un miroir
Tu la pousses tu te vois
Transit
Porte du regard
Et gare de triages du regard

*

Déclic
La main et l’œil réunis
Dans la photographie
Ce qui vise et ce qui clique
Ce qui comprend et ce qui prend
Ce qui analyse ce qui paralyse
Ce qui pige    ce qui fige
La main et l’œil réunis
Pour la photographie
Clic

*

Débonder la marge
Le tour le contour la prise le marbre
Débander l’arc du réel trop tendu détendre la toile
La photographie légère et ténue trace sur le papier
Un parcours pour les yeux qui s’efface et se reconstruit
Glace qui fond glace qui fige

*

Edifice de traces   angles
Prises par contumace
Photographie    luxogramme
Et si le noir est la nuit
Le blanc est un matin
Où tout écrire     c’est ça ?
Un fantôme à circonscrire
Un blanc-seing à remplir ?
Trahir
Un espace à briser
Une coque glacée à craqueler
Pour découvrir l’espace franc de la flaque
La boue du vivant sur le miroir opaque

*

Ah l’écriture naturelle des ruisseaux
De l’écriture à l’image tu redonnes le chemin
De l’image à l’écriture
De la lumière     la tenture     des photons
Le noir et blanc
Planches révélées       rainures dans le plancher
Entrebâillé        dessins gravures
Secrets juste placés dessous les lames
Et si le plancher était un plafond
Ah nous tournerions en rond

*

N’ai-je dit et n’ai-je tracé
Nez j’ai senti et ressenti l’effluve du fleuve
Nez au vent né je suis parti boréal
Laper son visage
Et je suis revenu    nu
Lapon
Jeu né d’un je neige flocons
Flacons
Des ivresses


*

Le fabuleux voyage du bâton
Espace blanc       passe sans trace
Avant le bâton le signet
Le tremblement
Le cœur noyau nifé
Un bâton tel un sourcier sorcier
Remue parafe griffe
Ouvre pour la respiration
Pas une cicatrice pas une blessure
Une broderie sur la neige
Un nœud décrit
Un vœu une photographie d’étoile qui file
En effilant la toile

*

Voir    (le voyant)
Voir    (au revoir    revoir    rêvoir) (rêver)
Voir    (tel un roi    tel un loir    La Loire   el rio   le soir    l’allée)
Voir   (et écrire du regard)
Voir    (et inscrire dans les yeux de la neige du papier)
Voir    (« un monstre il est fort » dit le petit garçon) (on lui dit : « chut ! »)
Voir    (les lignes  les  croix  les  courbes  les  femmes  les  hommes  les  ombres  les flammes  la toux)
Voir    (les rails les raies  les rayons  les ratures  les fissures  les travées  les traverses  les traversées)
Voir    (les échos  les journaux  les écrits  les ivoires  les déliés  les pleins  les vides  les courbures  les                                                   glissades  les aventures  dans les villes  les avant  les après)
Voir    (les fentes  les fantômes  les fantasmes  les phasmes  les phases  les ectoplasmes  les passagers  les rainures  les passages  les interstices  les précipices  les phrases  les phares  les portées)   (frayer  effaré  s’infiltrer  lire  décrypter)
Voir    (le poisson qui fraie  une rivière ravivée  le cours d’eau  immortalité  même tarie)  (même tue  m’aimes-tu  tu ris)
Voir     (témoigner de la tuerie  ne pas taire)  (ne pas surseoir)





Logogrammes de Christian Dotremont
Photographies de Georges A. Bertrand
Texte poétique de Olivier Riboton

Il naufragar de la basilica nel mio guarda

La neige est revenue : 
grand batifolage, allégresse

Puis le noir est tombé
dans un silence nouveau

On va vers la place, là-bas
dans la ville sur l'eau
au creux de l'Adriatique en ogive

Epaisse, l'encre des canaux
ourle les pierres vêtues de neige. 

Noces de Noir et Candeur
et long cortège
et palpitation de cristaux
en vapeurs de lune noire

Proues, ponts
tuiles terrasses
campaniles coupoles
en beauté de neige. 

Un vent rompt le silence 
charrie la mer
boursoufle les eaux des lagunes :
elles montent

Voici la place
Immaculée
- heureux les yeux - 

et la Basilique
      ORS

Larges lès de neige partent
sur le dos de l'eau
et pans de glaces fragiles

Convocation impérieuse au voyage
Turbulences
Troubles

Et la Basilique prend le large
dans le banc
La Basilique dérive
parée d'or et de saints

Elle s'en va
Ainsi elle va
assourdissante
dans un grand silence de neige. 

Etta Torresin

Laguna Nord de Venezia;

ruines de Madonna del Monte.

femmes qui rament dans la Lagune Nord.

l’île de Torcello du Campanile .